La sécurité en dressage : quand la tradition laisse progressivement place à la prévention

jeudi, 1 octobre, 2026

Charlotte Fry (GBR) riding Glamourdale FEI Dressage World Championship, Aachen (GER) 2026 Grand Prix Spécial Individual Final MEGGLE-Prize © FEI/Leanjo de Koster

Le frac, les bottes, les gants blancs, le haut-de-forme… Le dressage est sans doute l’une des disciplines équestres où la tradition occupe la place la plus visible.

Pourtant, derrière cette image très codifiée, les habitudes évoluent et notamment lorsqu’il est question de sécurité.

Alors, quelle place l’airbag occupe-t-il aujourd’hui dans le monde du dressage ?

Du haut-de-forme au casque : quand les codes évoluent

Pendant longtemps, le haut-de-forme a été indissociable de l’image du cavalier de dressage international. Symbole d’élégance et de tradition, il faisait partie intégrante de la tenue sur les plus grandes pistes.

Mais les exigences de sécurité ont fini par rattraper cette tradition. La Fédération Équestre Internationale a voté son interdiction dès son assemblée générale de 2019, pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2021. Frank Kemperman, alors président de la commission dressage de la FEI, avait résumé le débat en expliquant qu’aucun argument solide ne s’opposait vraiment au port d’une protection de tête si ce n’est la tradition.

Le changement n’a pourtant pas été instantané : une pétition signée par 150 cavaliers internationaux, portée notamment par l’International Dressage Riders’ Club, réclamait le maintien du libre choix entre casque et haut-de-forme pour les cavaliers de 26 ans et plus. Cette demande a été rejetée une première fois par le comité médical et le conseil d’administration de la FEI fin 2020, puis une seconde fois en 2021.

Une évolution qui montre bien que tradition et sécurité ne sont pas incompatibles : les codes du dressage évoluent avec leur époque, sans jamais avoir sacrifié son élégance.

La sécurité ne concerne pas uniquement les disciplines à risque

Lorsqu’on parle d’équipements de protection équestre, on pense spontanément au CSO, au concours complet ou au travail de jeunes chevaux. Le dressage semble, à première vue, plus éloigné de ces problématiques : pas d’obstacles, une piste délimitée, des mouvements exécutés dans un cadre précis.

Pourtant, le risque zéro n’existe pas à cheval. Un écart, une perte d’équilibre, une chute ou une réaction imprévisible peuvent survenir à tout moment, y compris pendant une séance de dressage et l’équitation reste, toutes disciplines confondues, l’un des sports où le taux de blessures graves rapporté au nombre de pratiquants est le plus élevé. C’est dans cette logique que certains cavaliers choisissent aujourd’hui d’intégrer une protection supplémentaire à leur équipement : l’airbag.

L’airbag fait progressivement son entrée dans le monde du dressage

Initialement très présent dans des disciplines comme le concours complet ou le CSO, l’airbag est aujourd’hui de plus en plus visible chez les cavaliers de dressage. Un sondage récent mené par le média spécialisé GRANDPRIX indique que plus de la moitié des cavaliers interrogés, toutes disciplines confondues, en portent désormais un même si son coût reste un frein à l’achat pour de nombreux amateurs et professionnels.

À la maison, pendant une séance de travail ou même sur certains terrains de concours, son usage s’inscrit progressivement dans les habitudes. Et cette évolution ne concerne pas que les amateurs : des cavaliers évoluant au plus haut niveau ont eux aussi choisi d’intégrer l’airbag à leur pratique quotidienne.

Elles ont fait le choix de l’airbag

Témoignage d’Emma Van Middelkoop, cavalière néerlandaise qui porte un airbag Seaver au quotidien:

« Il y a deux ans, j’ai eu une rupture de la rate lors d’un accident d’équitation, et j’ai pris beaucoup plus conscience de l’importance de la sécurité en dressage. Contrairement à un gilet de protection traditionnel, mon gilet airbag me permet de bouger librement, sans aucune contrainte. Je pense que les accidents peuvent arriver à tout moment, même en dressage, et mon expérience m’a montré à quel point leurs conséquences peuvent être graves. Partager des expériences vécues et sensibiliser aux risques de monter sans gilet airbag pourrait encourager davantage de cavaliers à envisager d’en porter un. »

Témoignage de Stephanie Engblom, cavalière suédoise qui porte un airbag quotidiennement :

« Après une chute lors d’une séance de dressage tout à fait classique, qui m’a laissé une fracture de la colonne vertébrale, j’ai décidé de commencer à porter un airbag. Après 12 semaines sans pouvoir monter à cheval, j’ai réalisé que je ne voulais plus prendre le risque de rester aussi longtemps sans pouvoir monter.Je pense que les équipements de sécurité sont importants, même en dressage. Certains cavaliers peuvent avoir peur que le port d’un airbag donne l’impression qu’ils ont peur, tandis que d’autres le trouvent inconfortable ou peu adapté à l’esthétique traditionnelle du dressage. Pour moi, me sentir protégée en vaut la peine : mieux vaut être en sécurité et pouvoir continuer à monter ! »

Au-delà de l’image, ces témoignages permettent surtout de comprendre ce qui pousse concrètement les cavaliers à faire évoluer leurs habitudes. Les usages peuvent être très différents d’un cavalier à l’autre : pour certains, l’airbag accompagne désormais les séances quotidiennes ; pour d’autres, il reste réservé aux situations jugées plus exposées, comme le travail de jeunes chevaux ou les déplacements en compétition.

Crédit : Stephanie Engblom

Vers une nouvelle culture de la sécurité ?

L’évolution du dressage ne signifie pas pour autant que ses traditions disparaissent. Le casque a progressivement remplacé le haut-de-forme sans effacer l’élégance et les codes de la discipline. De la même manière, l’arrivée de l’airbag traduit avant tout un changement dans la façon dont les cavaliers envisagent leur pratique.

Le chemin reste néanmoins long : une récente étude sur les blessures équestres a montré que, parmi les cavaliers ayant subi une blessure interne grave, très peu portaient un airbag au moment de l’accident. Le dressage suit à son tour ce mouvement, mais il n’en est qu’au début.

Aujourd’hui, se protéger davantage n’est plus nécessairement perçu comme une remise en question de son niveau ou de sa maîtrise. C’est aussi reconnaître qu’avec un cheval, une part d’imprévisibilité existe toujours.

Du haut-de-forme au casque, puis du casque à l’airbag : les codes du dressage évoluent. Et avec eux, notre façon de penser la sécurité.

Fonti :

  • FEI, vote de l’Assemblée générale de novembre 2019 (Moscou), déclaration de Frank Kemperman, président de la commission dressage de la FEI — eurodressage.com
  • dressage-news.com 
  • Sondage GRANDPRIX 
  • Meyer revue systématique 2024, Annals of Biomedical Engineering, sur l’absence de norme de test internationale pour les airbags équestres
  • Article de blog Seaver, janvier 2026, « L’enjeu de notre génération : la sécurité dans la pratique des sports équestres » (référence à l’étude NEISS sur les blessures internes et le faible taux d’équipement en airbag)